J'ai connu des figures à plusieurs noms : Médée la Quine, Lucien à Pitaque, Louis Lanlà, la Papicaule, Maurice à Délégué, Dix-sous-de-lard, Jeannot Bel-homme, Dian la Greule, la Ouivre, Phi des Boeufs, l'Amiral Patte à l'il, Dédé du Molard, la Peufe, Zèbe à Piret, François Six-Caisses, Daude au Beude, Sicien à Dandalet, Paul à Troyon, Marcel à Neuvaines, Fanfoué la Motte, Dérien à Tuâgne, Zèbe au Niolu, Jo la Tripe, Poyof, Marie Joson Fanfoué la Sèche, Phise au Gros Dolphe, Zène à la Rate à Cacharière, Joassin à Doucement, Phonse à la Concogne, Dioset d'Armoune, Glaude aux Coffes, Rataplan, Misère-acquise, Fanfoué à Tiantiauri, Ouisse à Cougna, François Tiopon, Tiophile à Papet, Rose à la Tite, le Coq du Pré-Cergues, Phonse à Peufier, Zorine à Michalet, Lucien au Pire, Daude à Guernoillon, la Canobi, François Trois Tours, Baud de la Goutte, Pilâtre, Maurice au Coq, Dédé d'Arcouasse, Mayon de la Pompe, Tur à Bolau, Nonaur d'la Follaz, Nonaur à Maxit, Dioset de la Fate, le Colonel de Poche, Qu'manleu, Tétin à Cap, Tiodore aux M'gevands, la Mayon à Sassa, Tur à Saillifeu, Tieu-Tieu, le Potu, Cloclo du Funiculaire, Philomène des Rasses, Léon à Pic-Pic, la Lympe à Paillasse, Violette à Pujin, Rututu, Raymond la Tomate, Gus à Grilliard, Louis des Autres, Yoyet à Tétin, la Pécolette à la Mêle, Muscadin, la Signaute, Peûne à Poutian, Dioset à la Tabouisse, Mile à Baugi, Oui-va, Nanou de la Zone, P'tit Bocon, Toine à Tasson, Fanfoué Covagne, Marie à Cric, Mémé de la Fontaine Pourrie, Phonse des Râpus, Edouard à Pignouli, Tur à Polet, Tiode, Dédé à Calalo, Louis à Yuto, Zozette à Mâchuré, Cinq-et-trois Huit, Trapedzet, Matifou, Boyu, Phise à Motalet, (...)
La Quatrième Personne du singulier rassemble neuf textes qui prennent parfois la forme de lettres adressées à ses acteurs (on devine que Valère Novarina n'aime guère le terme comédien, trop paradoxal). Nous y apprenons d'abord ce que la langue si inventive de son théâtre doit au patois chablaisien ou franco-provençal..
Et d'ailleurs la parole crée le paysage. Elle est la grande affaire de Valère Novarina, son élément : "Le langage rejoint la nature sous nos yeux : il est (...) un événement physique sur le théâtre, un déversement." Le dragon ne dirait rien d'autre de la flamme qui jaillit de sa gueule. Sauf qu'il ne s'agit pas pour l'auteur d'incendier ses environs, mais bien au contraire de conquérir l'espace pour donner une chance à l'homme de quitter son corps étroit, caricatural, pauvrement découplé et juste bon à grossir la foule de ses semblables...
De là le seul mot d'ordre que Valère Novarina donne à ses acteurs - et pour ses lecteurs et spectateurs, c'est une nouvelle qu'ils n'entendront pas au journal télévisé, si mal informé : "Allez annoncer partout que l'homme n'a pas encore été capturé !". (Eric Chevillard - Le Monde du 22 mars 2012 )